Sortir des rails pour mieux se retrouver : Astrid BOUTAUD raconte.

29 Nov 2021 Vanessa Orzechowski Défi de Dirigeant

Astrid Boutaud est co-fondatrice et directrice générale du réseau Les Pointures, composé de consultants indépendants et expérimentés dont la vocation est d’accompagner la transformation des entreprises, autrement. Astrid a fait ses armes plus de 20 ans chez Nestlé, Coca-Cola, Ogilvy & Mather et Sanofi sur des postes de marketing, communication, achat et d’innovation de rupture.

 

Femme de cœur et intrapreneure accomplie, elle a su trouver sa voie alors même que tout la dirigeait loin de ce que lui dictait son instinct. Comment a-t-elle réussi à aligner ses aspirations à ses choix de carrière ? Retour sur son histoire.

 

D’un parcours linéaire…

 

A 22 ans, Astrid est une étudiante brillante au parcours scolaire exemplaire. Portée par ses études, elle sort sans difficulté de son école de commerce, diplôme en poche. La jeune femme n’a aucune envie de commencer directement à travailler, elle ne rêve que d’une chose : explorer de nouveaux territoires et faire le tour du monde. Ce rêve est accessible, mais un autre choix s’offre à elle : intégrer le groupe Nestlé. Elle hésite. Voyager ? Son entourage l’en détourne. Tu es folle ! Tu ne peux pas laisser passer cette opportunité !”. La raison l’emporte. Ce sera le travail d’abord, les rêves ensuite.

 

Durant six ans, Astrid se laisse porter par les opportunités professionnelles qui se présentent à elle. Repérée comme haut potentiel, elle grimpe rapidement les échelons au sein du groupe Nestlé. Elle apprend à répondre à de hautes exigences, encouragée par des managers aussi inspirants que bienveillants. Sa carrière semble toute tracée. Astrid mesure sa chance et évolue sans trop se poser de question. “Je recevais beaucoup sans avoir à demander. Aujourd’hui, je me dis que tout le positif dont j’ai bénéficié a eu un double effet. S’il ne m'a pas armée pour affronter les cultures dures auxquelles je me suis frottée par la suite, il m’a permis de survivre à des situations difficiles. Cette bienveillance que j’ai reçue au début de ma vie professionnelle m’a donné des bases positives solides et m’a appris à accompagner au mieux mes équipes par la suite.”

 

…à un choix de carrière hors circuit

 

À 28 ans, une nouvelle offre se présente à elle. Un directeur de Nestlé Londres lui propose de participer à la création d’une Joint-Venture avec Coca-Cola, basée à Zurich. “À ce moment-là, je sentais que je ne pourrais pas continuer ainsi jusqu’à la retraite. Tout était trop fluide, sur des rails. En parallèle, je refusais aussi cette pression sociale de fonder une famille et de s’installer. Je n’étais pas prête pour ça. J’avais besoin de me mettre en danger.”

 

Astrid sent de nouveau l’envie de voyager en territoire inconnu, mais une fois encore, le doute s’insinue en écoutant ses pairs ; “Qu’est-ce que ce projet de Joint-Venture ? Dans trois ans, ça n’existera plus. Tu risques de gâcher ta carrière alors que tu as le vent en poupe.” et ses proches ; “Tu ne parles pas un mot d’allemand, tu ne connais personne là-bas, qu’est-ce que tu vas faire à Zurich ?!”. “Plus on me disait : n’y vas pas, plus mon instinct me dictait le contraire. J’avais conscience que je perdrais mon cocon professionnel, mais je me suis dit : il faut y aller, c’est maintenant.”

 

C’est vrai, le projet de Joint-Venture est à bâtir intégralement sur terrain vide. Même la description de poste n’est pas formalisée. “C’est toi qui fera ton job !” lui dit-on. Rassurant ? Pas vraiment, mais Astrid, alors au volant d’une locomotive au parcours linéaire et vertical, décide d’emprunter une toute nouvelle direction : celle de la prise de risque, de l’innovation et de l’intraprenariat. Cap sur Zurich !

 

Accepter le choc d’une nouvelle culture pour grandir

 

Le choc des cultures sera violent et les six premiers mois éprouvants.  

“Nous étions 12 dans un petit bureau, tous de nationalité différente. Cette petite équipe était composée de fortes personnalités de haut-niveau, en relation permanente avec le top management des 2 géants Nestlé et Coca-Cola. Il y avait beaucoup de pression. Je partageais mon bureau avec un américain et un anglais. Nous étions tous déracinés. Ils sortaient beaucoup ensemble, continuaient à parler boulot le soir, le tout avec un anglais impeccable. Je ne parlais pas un anglais natif. Les premiers mois, il m’était très difficile de m’insérer dans une discussion, de m’exprimer, ou de faire un peu d’humour. Les codes culturels étaient différents pour chaque personne. J’étais sans repère du matin au soir. Personne ne s’intéressait au background professionnel de l’autre : il fallait prouver ce dont on était capable maintenant, tout de suite. Moi qui avais l’habitude de me sentir soutenue, entourée, je doutais énormément de ma capacité à relever le défi. Pour me secouer, mon boss m’a dit : cette instabilité a créé des failles dans ton système. On va tout détruire et tout reconstruire pour que tu deviennes encore plus forte. Ce qui, avec du recul aujourd’hui n’était pas vraiment du coaching ;-) En tout cas, il a fallu que j’arrête de compter sur les autres et que je trouve les réponses en moi ! ”

 

L’inconfort : un pas-sage pour avancer

 

Astrid se trouve alors à l’embranchement de deux chemins. “Soit je rentrais retrouver mon nid, soit je faisais quelque chose de tout ça”. Elle comprend alors les messages que son patron cherchait à lui transmettre à sa manière. Le doute et l’humilité n'empêchent pas d’avancer et d’être fort. La confiance en soi est fondamentale. Un switch se produit dans son esprit. Elle décide d’investir l’espace qui lui a été donné, de prendre son destin en main et de jouer à fond la carte de l'international. Peu à peu, elle intègre la culture du “trust yourself, débrouille-toi, aie conscience de ta propre valeur”.

 

Tout devient alors fluide et fulgurant, et elle noue des liens très forts avec toute l’équipe, aujourd’hui éparpillée dans le monde, avec qui elle est toujours en contact. Ces trois ans lui apporteront une énergie, une confiance et une capacité nouvelle à embarquer des équipes autour de nouveaux projets. “Vingt ans plus tard, je porte toujours l'empreinte de cette expérience. J’y ai tellement appris ! J’y ai acquis le goût pour l’entreprenariat, l'innovation de rupture, le pouvoir fédérateur des petites équipes…La confiance et l’agilité aussi.”

 

Culture d’entreprise et conflit de valeurs : jusqu’où s’adapter ?

 

Astrid est alors rappelée en France pour monter une start-up dans l’innovation. Elle revient transformée et entre très vite, à 32 ans, au Comité de Direction de Nestlé France. “Pleine de cette aventure, je suis revenue avec l’impression que tout était possible”. Plus jeune femme du Codir, elle doit de nouveau faire face à une culture aux antipodes de son vécu. “À cette époque, le management était assez descendant et patriarcal.” Le challenge est de taille, il lui faut travailler son leadership sans pour autant adopter les codes et les règles dominantes. Entre le Comité de Direction et la jeune équipe de sa start-up, Astrid fait le grand écart entre les deux mondes. “Je n’avais pas envie d’adopter les codes des hommes, de me donner une stature en étant froide, ou de perdre mon humour pour progresser. Ces codes n’étaient pas les miens. Ma conviction est que l’on donne le meilleur de soi lorsqu’on se sent bien. On peut être sérieux sans se prendre au sérieux ! Je sentais qu’il y avait un trop grand décalage. De nouveau, j’ai eu ce sentiment d’urgence. Je me vidais de mon énergie et je n’avais pas envie de m’accrocher à un titre.”

 

Astrid quitte son poste dans une volonté de retrouver son énergie créatrice. Elle rejoint l’agence Ogilvy & Mather. Encore une fois, son choix étonne. “Pourquoi donc vas-tu chez un prestataire ? Ce sont les clients qui ont le budget. Tu vas perdre tout ton pouvoir”.

 

Astrid suit ce que lui dicte son instinct et elle y pilote un des projets les plus porteurs de sens de sa vie : United for Healthier Kids, un programme mondial pour lutter contre la malnutrition des enfants. Elle aime particulièrement l’environnement de l’agence, difficile mais si riche de personnalités et de créativité.

 

Mais lorsqu’elle se fait chasser par Sanofi, Astrid choisit de nouveau de sortir de sa zone de confort en changeant totalement d'industrie, de fonction et de métier. Elle rejoint les Achats Communication Globaux et couvre plus d’1 milliard de dépenses tout en manageant une équipe de 50 personnes dans le monde avec pour objectif de transformer la culture de cette fonction. Côté pile, le poste est beau; côté face, c’est la déprime. Le choc des énergies est violent. “ Ma première réaction a été de post-rationaliser, j’ai voulu trouver un sens pour tenir, même si je sentais que ni la culture, ni le style de management ne me correspondaient. Je me suis alors jetée à cœur perdu dans le management. Je ne voulais pas lâcher mon équipe avec qui je suis restée pendant plus de trois ans. Mais j’ai ensuite une nouvelle fois ressenti ce sentiment pressant de me retrouver. J’ai pris six mois de coaching pour comprendre ce qui me convenait vraiment. Ma coach m’a aidé à traduire les signaux, à avoir foi en l’avenir, et à faire des choix dont l’impact serait positif pour moi et autour de moi.”

 

De ce parcours, Astrid réalise également à quel point la perception des autres sur soi change en fonction des codes de l’univers dans lequel chacun évolue. “J’ai observé à quel point on pouvait se (laisser) définir en fonction de son contexte. Dans le monde des agences assez « organique » et émotionnel, j’étais vue comme la fille carrée, super sérieuse, organisée, qui anticipe tout. Quand je suis entrée chez Sanofi, dans un univers ultra processé, j’étais la fille de la communication, qui faisait ses présentations « à la dernière minute », créative et sensible.”

 

L'instinct, une boussole pour trouver l’alignement ?

 

Astrid quitte le monde des grands groupes sans savoir ce qu’elle fera. La vie, espiègle, la teste avec de nouvelles opportunités. Cette fois-ci, elle s’écoute et refuse plusieurs gros postes pour prendre le temps de trouver sa propre voie. Son étoile polaire se traduit dans la quête d’une énergie créatrice, d’un management humain où la création, l’excellence et les échanges au sein d’une équipe sont plébiscités.

 

C’est aux Cannes Lions qu’elle rencontre Laurent Allias. Le feeling passe immédiatement entre eux. La conversation est simple et naturelle. “On s’est dit exactement qui on était, sans fard”. Rien ne prédestinait une rencontre entre Astrid, avec ses 20 ans de grands groupes et Laurent, Centralien entrepreneur dans l’âme. Mais tous les deux rêvaient d’un nouveau modèle plus direct, « familial », avec plus de sens, pour continuer à transformer les entreprises autrement. Et c’est ainsi qu’Astrid, l’esprit au clair sur ses aspirations, s’est associée à Laurent pour lancer les Pointures : un réseau de consultants expérimentés, sérieux sans se prendre au sérieux - à leur image.

 

Maman de 2 petits garçons de 9 ans et 6 ans bien toniques, elle concilie aujourd’hui sa vie de famille et sa nouvelle vie professionnelle, avec le sentiment d’être alignée et dans l’équilibre.

Retrouvez l'offre de coaching  dédiée aux entrepreneur.es et cadres dirigeant.es sur cette page  !


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