Vivre sa vie et sa carrière sans regret. Cyrille DE LASTEYRIE raconte

Défi de Dirigeant

 

Cyrille de Lasteyrie est auteur, conférencier et associé-fondateur de la société de production StoryCircus. Son parcours est une véritable invitation à exploiter ses talents multiples. Choisir doit-il toujours être synonyme de renoncement ? Et si parfois, juxtaposer des projets et bien s’organiser valait mieux que d’abandonner.

 

Diffuser “ce que l’on aime” dans “tout ce que l’on fait”

 

Revenons à la source en remontant le cours du temps. L’histoire de Cyrille est celle d’un amour entretenu avec l’humour. Il a 13 ans et comme bien des adolescents de son âge, il aime le cinéma. Ce jour-là, il décide d’aller voir un film des Monty Python, troupe mythique à l’humour détonnant. S’attendait-il à ce qu’une certaine magie opère ce jour-là ? Face au grand écran, il rit de bout en bout. Lorsqu’il ressort du cinéma, un écho intérieur résonne “Je veux faire ça !” et continuera de vibrer en lui des années durant.

 

Cyrille ne s’inscrit dans aucune lignée artistique particulière. Il n’a donc aucune référence autour de lui, ni familiale, ni amicale. La société elle-même ne porte pas d’écoles dont la fonction est de faire grandir les potentiels artistiques. Pour le moment, le “ça” qui vit en lui ne prend pas encore forme apparente. Ses parents le soutiennent dans ses évolutions et il poursuit son chemin d’adolescent puis d’adulte fasciné par la télé, le théâtre et les humoristes.

 

Il continue de se laisser bercer par celles et ceux qui, libres dans l’expression de leur folie créative, inventent une nouvelle voie : celle de faire rire en mêlant humour pince sans rire, absurde et intelligence du sens donné au “non sens”. Dans cette lignée, certains d’entre-vous reconnaîtrons : Les Nuls, Antoine De Caunes, John Stewart, Benny Hill... 

 

Une rupture professionnelle bénéfique : cap sur un grand changement !

 

Durant 10 ans, Cyrille navigue dans le monde de la publicité et du marketing. Il y met toujours l’écriture au service de l’humour et à cette période, il est destiné à un parcours prometteur et lucratif. Or il se sent indiciblement dépérir. Quelque chose ne va pas. Côté familial, l’équilibre est heureusement là, il est marié et a deux enfants, mais une force impalpable le pousse depuis l’intérieur, de plus en plus fort. Une part de lui cherche à s’exprimer autrement. 

 

Bien que le doute soit omniprésent, il n’est pas question de se laisser dépérir. Sa femme joue alors un rôle crucial. Elle lui offre un soutien précieux dans ce moment de vie. Cyrille doit absolument prendre une décision et modifier une trajectoire qui ne lui convient plus, avec tous les risques que cela comporte pour lui et sa famille. La décision se prendra main dans la main. Alors que les risques pris sont pleinement acceptés, un nouveau chapitre s’apprête à être écrit pour toute la famille. 

 

Tout grand changement est une aventure humaine. Il vous embarque, vous bouge émotionnellement et vous exhorte à la remise en cause. Le changement exige de se déshabiller d’un ancien connu pour pouvoir revêtir le renouveau de l’inconnu. Bien souvent, embrasser le changement implique, à bien des niveaux, un nécessaire lot d’acceptation : celle de prendre des risques, d'encaisser des pertes potentielles, d’accepter le déséquilibre et de lâcher prise sur tout ce qui est hors de son contrôle. Cet état d’esprit devient alors une vraie source de croissance personnelle et d'enrichissement mutuel. 

 

Entrepreneuriat et amour de l’humour :  un chemin prédestiné vers le One Man Show ?

 

Retour sur le fameux “Je veux faire ça” de ses treize ans. Durant les 10 années qui suivent, Cyrille ne cesse de créer. Au fil du temps, il se construit et s’exprime comme entrepreneur, auteur, producteur, animateur. Il se fait connaître sur la toile en France et aux Etats-Unis. L’humour reste au cœur de ses multiples formes d’expression et chaque projet l’amène à repousser un peu plus loin ses limites. 

 

Il produit et anime une web-série “Bonjour America” où il explique avec un ton bien à lui la culture française aux américains. Un peu plus tard, ce sont les Etats-Unis qui lui disent bonjour, dans la vie réelle cette fois-ci. Il y vivra une aventure familiale et entrepreneuriale durant deux ans. C’est aussi l’endroit où il fera une rencontre exceptionnelle un 7 octobre : celle de John Cleese, l’un des célèbres fondateurs des Monty Python avec lequel il passera une journée entière. C’est un véritable retour à la source de sa passion. Prendre des risques s’est révélé payant !

 

Le romancier et essayiste américain, Christopher Morley, dit qu’il n’y avait qu’une seule réussite, celle d’arriver à vivre une vie comme on l'entend. J’aime aussi cette idée de se vivre avec humour. Lorsque je questionne Cyrille sur sa plus grande folie, il me répond “M’être décidé à faire du théâtre”. Une fois ce verrou interne débloqué, le théâtre devient alors une nouvelle étape de déploiement. Il lui faudra bien entendu mobiliser une bonne dose d’audace, il ne connaît alors absolument rien à ce milieu. 

 

A l’époque de son émission : le vinvinteur sur France 5 (en 2012); il reçoit chaque semaine un humoriste. C’est là qu’il fait la rencontre de Michèle Laroque. Elle est l’une de ses invitées et c’est un véritable coup de cœur. Il la trouve belle, talentueuse, raffinée, intelligente. 

 

2014. Il a un rêve à réaliser : le théâtre, un moteur : faire rire, et une obsession : la mort. Son projet ? Mettre en scène sa propre mort. Pourquoi, pourriez-vous interroger.  “Pour mieux parler de la vie.” Il se lance. “Qu’ai-je à perdre ?” Il envoie un email à Michèle Laroque et chose fabuleuse, elle accepte d’en savoir plus. Ils se rencontrent et elle se montre très réceptive au projet.

 

Quelques mois plus tard, Cyrille se produit sur les planches de la Comédie des trois bornes avec un one man show intitulé “A mon cher moi” mis en scène par Michèle Laroque ! 

 

Pourquoi l’envie disparaît alors que le rêve s’accomplit 

Les plus belles réalisations ne sont pas sans apprentissage marquant. Cyrille m’explique qu’il n’a pas été préparé à la réalité du monde du théâtre, à ses exigences, à la solitude qui accompagne l'artiste. Au bout de 70 représentations, il lâche la scène.

 

L’envie a totalement disparu.  Pourquoi ? 

 

“J’ai compris que je n’avais pas le bon moteur. Ce qui m’anime, c’est de faire rire les gens. Je me suis décalé de ça. Je l’ai fait pour réaliser un défi de jeunesse. C’était peut-être social aussi. Et puis, est-ce que j’étais capable de tenir la performance ? Plusieurs décès de proches se sont succédés aussi à ce moment-là. C’était trop pour moi.”

 

Un an plus tard, il revient néanmoins sur scène avec une conférence humoristique au Point Virgule intitulée “Et il est où le bonheur ? (DTC)”, cette fois accompagné d’une partenaire de scène, la comédienne Stéphanie Jarroux. 

 

Un enseignement intemporel : rien ne sert de courir

 

En filigrane de notre échange, Cyrille me parle du temps qui passe, de son caractère précieux, de sa peur d’avoir des regrets. C’est vrai que nous ne sommes pas éternels, et même si les limites de l’âge sont sans cesse repoussées, la manière dont on choisit d’investir son temps de vie n’en reste pas moins une vraie question.

 

2017. Cyrille prépare son troisième spectacle, une “one-man-conf”, mélange d’humour corrosif et de quête de sens autour des excès numériques de notre époque, d’un futur qu’on nous décrit et de la place de l’humain dans tout ce “bazar”. Cyrille veut désormais prendre le temps de vivre son écriture, avec l’intention de rester fixé sur le bon moteur : faire rire. 

 

“Je veux faire ce pour quoi je suis fait et arrêter d’explorer ce qui ne me correspond plus. Mon propre territoire est déjà gigantesque. J’ai envie de rester là où je suis bien, de prendre le temps. En plus, faire ce que je fais le mieux me fait me sentir mieux”. 

 

Pas de regret !

 

“Le plus important est de ne pas se faire dicter sa vie par qui que ce soit. Personne n’est habilité à décider ce que tu dois faire. Pour moi l’important est de me laisser mener là où mon coeur me porte… Ensuite je trouve un moyen pour m’organiser. Je ne veux nourrir aucun regret, jamais. Et puis, par-dessus tout, je veux profiter du temps qui passe, si précieux. Décider d’un café, d’une promenade, d’aller voir un film, puis bosser douze heures de suite, selon mon métronome, pas celui d’un autre. Prendre le temps de vivre”.


Retrouvez Cyrille De Lasteyrie dans sa chronique matinale décalée #miraclemorning sur LinkedIn !


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